samedi 8 juin 2013

Le goût des autres


Etrange expérience que celle de la semaine dernière. Vous avez déjà tous et toutes déjà été enrhumés. Mais organiser un brunch en ayant perdu deux sens constitue un joli parcours du combattant. 

C’est comme si vous marchiez dans votre appartement et que le courant se coupe. Vous savez vous repérer mais il vous manque un petit quelque chose. C’est un moment bizarre.

Quand vous coupez les fruits, vous en palpez la texture, vos souvenirs vous rappellent leur goût en bouche. Mais impossible de savoir si l’ananas est assez mûr autrement qu’en le tâtant. Le lard crépite sur la cuisinière, les invités –vos amis- dégustent le saumon accompagné de salade sur pain noir. 

Je ne sentais rien. Mais je voyais, je regardais en coin les invités, scrutais chacune de leur mimique pour voir si les œufs étaient bien brouillés. Avaient-ils apprécié le jus d’orange, le thé était-il infusé à souhait ?
Tout ce que je devinais auparavant d’un coup de papille m’était désormais une patrie inconnue. J’avançais à pas feutrés dans la conversation pour capter le plaisir des convives. Le moindre « délicieux » m’enchantait, le plus petit « très frais, tes fruits » me ravissait.

J’en avais oublié de manger. Je m’étais nourri du goût des autres.




vendredi 7 juin 2013

Le drame du déjeuner d’affaire

On n’en parle pas assez ! Comment rester professionnel(le) lors d’un déjeuner de travail alors que parler la bouche pleine est un des interdits fondateurs de notre étiquette sociale ?

Eh bien, c’est une gageure, et j’en ai fait les frais lors de mon dernier déjeuner.

En fait, il faut bien choisir le restaurant. Le japonais, avec le sushi tombant de la baguette dans la sauce soja, éclaboussant au passage votre chemiser blanc, est à bannir… de même que le Mexicain où vous devenez rouge brique (en parfaite inélégance avec votre veste turquoise), ou le restaurant servant des sandwichs, certes artistiques, mais dont l’équilibre et la mayonnaise, mettent en péril absolu votre distinction légendaire… 

Sans oublier que le choix de vos aliments en dit long sur votre personnalité, et que tout faux pas peut anéantir la suite de votre business.

Entendons nous bien : les restaurants italiens ne constituent pas une alternative ! 

La carte est votre ennemie. Pas de salade (même la laitue à l’huile d’olive peut être une menace) dans ce petit bistro de Genève, ou je m’installe en face de deux hommes charmants, avec lesquels je négocie un contrat, potentiellement aussi juteux qu’un osso-buco…

Je ne prends pas de risque : une pizza, simple, sans rien pouvant tomber ou gicler ou graisser mes lèvres. Bref, j’essaye de garder le contrôle de ma communication non verbale.

Sauf que ladite pizza est très cuite. Et que pâte très cuite signifie difficile à avaler. Je prends la première bouchée et m’aperçoit très vite que ça ne va pas le faire.

Trois choix :
- Soit je mâche longuement, ce qui m'empêche de répondre à mon interlocuteur, laissant un silence assourdissant s’installer, au risque de m’étrangler en essayant d’avaler au plus vite.
- Soit je l’asperge de miettes de pizza.
- Soit, enfin, je les laisse prendre la main sur la communication : même pas en rêve.

Et bien entendu, mes interlocuteurs me posaient des questions pile-poil au moment ou j’enfournais une bouchée !

Je choisis la fuite, et laissai ma pizza presque entière reposer dans mon assiette. J’espère au moins avoir le contrat !

Baci à la sauce tomates-cerises de Nath !

jeudi 6 juin 2013

Old fashion patisserie

Avez-vous remarqué comme depuis quelques années la pâtisserie française a changé ?

Où sont passés les choux gonflés,  fourrés de crème chantilly fleurant bon le lait de la vache ? Les fraisiers printaniers, aux fraises coupées nettes, lovées dans une mousseline au beurre et une base de génoise vraiment jaune car faite avec des œufs pondus par des poulettes ?
 
Désormais ce sont des préparations certes artistiques, rivalisant avec les plus beaux joyaux, constellées de strass et de paillettes, enturbannées d’une ribambelle de décorations craquantes, trouées et chantournées, qui font les beaux dimanches des vitrines de nos boulangers.

Mais le goût dans tout cela ?

Des bouchées de mousses de fruits sans saveur, avec comme seule reconnaissance gustative, l’acidité pour les fruits rouges, la suavité pour les fruits exotiques et puis… rien. 

Des bases sèches, des parfums de chocolat dénaturés, une promesse gourmande visuelle déçue à la première cuillerée.

Si comme moi vous aimez les gâteaux, les vrais, ceux qui ne cachent pas leur misère gustative sous des ruissellements de bling-bling, alors allez à Rome… Les petites pasticcerias de quartier, au décor modeste, à la mise en place sommaire, aux terrasses accueillantes grâce au service souriant et professionnel, vous réconcilieront avec la pâtisserie d’antan.

Et ne me dites pas que les nouveaux gâteaux gagnent en légèreté et en coût calorique, par rapport aux choux et autres gourmandises pâtissières.

Je préfère croquer un fruit tout bête, pauvre en calories et riche en fibres, aux saveurs  authentiques !

Grazie à nos amis Italiens pour résister à la mode cupcakienne, venue tout droit de la globalisation des goûts et des coûts !

Bises à la chantilly de Nath.

mercredi 5 juin 2013

Les p'tits lolos an nou

Non, je ne tombe pas dans le graveleux, je reste dans le domaine cul…inaire ! On désigne par ce mignon sobriquet les restaurants, devrais-je dire gargotes, antillaises.

Souvent constitués d’une « Kaz » et d’une terrasse ombragée, ces petits établissements sont sans prétention et, comble du luxe dans un secteur aussi touristique, ne sont fréquentés que par des gens du cru !

Nous sommes loin de la cuisine fusion – apparentée mauvaise brasserie – des restaurants chics avec vue sur mer, servi par des « métros » venus faire facile fortune au soleil. 



Les plats sont traditionnels, servis au son du zouk et la clientèle autochtone (les gens qui travaillent dans le quartier et qui en ont fait leur cantine). La fraicheur des poissons et les prix tous doux furent les meilleurs amis de nos déjeuners de routards gourmands !

Il y en a un, notamment, qui a conquis tous nos suffrages. Il se nomme « Le boukane » et se trouve à Viard au nord de Basse-Terre, en Guadeloupe.



Sa spécialité : le poulet boucané, cuit dans un authentique BBQ fermé, au feu de canne à sucre. Il se dégage une odeur de citron vert et herbes sèches de la marinade. Les cuisses cuisent au grand feu et à la fumée, ce qui confère un goût qui me rappelle les 


BBQ des saloons d’Arizona, avec un je ne sais quoi de  sucre caramélisé... Le tout servi avec du riz aux haricots rouges. Une cuisine simple mais gouteuse, fleurant bon l’authentique comme aurait écrit Pagnol !

 







Si vous préférez une vue plus conventionnelle à la carte postale antillaise, alors allez quelques kilomètres plus loin, sur la plage de Cluny, chez Francine.


Une vue 

Ti'punch et jus de fruits frais


 Des plats – mon préféré le colombo qu’il soit de porc, de poulet ou de raie – antillais traditionnels.


 
Un dessert de légende : le flan coco


Et encore une plage pour une sieste à l’ombre des raisiniers.


Moi, je vous le dis, les p’tits lolos sont mes amis !

mardi 4 juin 2013

La pause déjeuner en dansant



Ça s’appelle le lunch beat et ça vient de Suède. Créé en 2010 à Stockholm, le concept est de danser de 12h à 13h30 sur des musiques enflammées (avec forte tendance électro). 

Au lieu d’aller manger avec vos collègues, allez donc danser avec eux. Pour 10 euros, vous vous retrouvez dans une boîte de nuit… En plein jour. 

Avantage, vous avez droit à un sandwich et de l’eau plate à volonté. L’alcool est interdit.

Le concept s’est répandu depuis le début de l’année dans toutes les capitales européennes. Il plaît aux trentenaires qui ne veulent pas sortir jusqu’à point d’heure le soir. Attention tout de même à ne pas trop suer avant de retrouver le boulot.

lundi 3 juin 2013

Les diners bobos

Rendez-vous compte, mes amis, que je n’avais jamais rencontré de bobos, au sens sociologique du terme ! 

J’ai des excuses, j’ai vécu chez les cow-boys !

Eh bien, cette lacune est réparée puisque, depuis mon retour, je m’aperçois que cette population que je croyais cantonnée à quelques quartiers parisiens, est présente aussi en province !

Elle n’est pas forcément d’une option politique bien définie mais d’un patchwork d’opinions et de visions assez disparates. Sauf en matière de cuisine et d’organisation de diners !

Voici comment organiser ton diner néo-bobo, hyper tendance «quoâ» !

Tu reçois dans un décor trendy. Fait de tapisserie en poils de chevreau et aux couleurs ternes, qualifiées de «neutres» et «casuals».

Tu sers un cocktail mode et exotique, mais avec une touche d’originalité. Le mojito (rhum blanc et menthe), le planteur revisité avec du sirop bubble-gum, le daïquiri agrémenté de la biographie d’Hémingway ou de l’anecdote du dernier congrès à Miami… Le tout servi dans un dé à coudre en une seule fois... Parce que la modération est la clé de voute de l’apéritif. Des amuse-bouches qualifiés de zakouskis mais verts ! Pas de saucisson, par dieu trop populo, ni de mini-quiches, beaucoup trop années 80 !

On passe à table, mais sans nappe ! Cela use trop de lessive de la laver, et puis on aime les matières brutes et authentiques, plus proches de la nature. Bon en même temps j’ai bien reconnu la table Ikéa au nom imprononçable, que l’on trouve partout sur la planète (même à Phoenix !).

Les plats sont réalisés avec des aliments de saison. Pas moyen d’avoir une tomate cerise ou une laitue au cœur de l’hiver ! Le chicon sinon rien… Si les hôtes ont craqué sur une barquette de fraises ou un concombre, ils battent leur coulpe la soirée durant, disant qu’ils sont sur le chemin, mais qu’il est semé d’embûches, et que quelquefois ils succombent.

La conversation tourne essentiellement autour de la cuisine, avec ses codes. On doit être bio, ou tout du moins y tendre. On doit se dire que l’on n’achète,  jamais ô grand jamais, de produits surgelés, et que bien-sûr «on» savait pour la viande de cheval ! On se passe le menu du dernier bistrot bio à la mode, et on conclut, bienheureux, qu’on y est entre nous. 

On se raconte les diners étoilés, et les vedettes que l’on y croise. On déteste Marc Veyrat, mais on adore ses disciples. On déclare sa flamme à Joël Robuchon et on raconte par le menu son expérience à l’Oxalys et la saveur de la soupe d’ortie à 80 euros… (non, j’exagèèèère !)

Le diner s’achève sur des cafés bio, bien entendu, mais aussi équitables car on est bien conscient de la souffrance du producteur local. Tout en fustigeant les jeunes, en France, qui n’acceptent plus de travailler 12 h par jour pour des clopinettes.

Ah, juste un truc pour finir… Si tu organises un diner bobo, oublie de m’inviter !

dimanche 2 juin 2013

Voici un nouveau blog sur la cuisine... Encore un, pourriez-vous dire.
Oui mais non !
Un blog à propos de la cuisine, devrions-nous plutôt ajouter. Qui plus est, un blog joyeusement mitonné à quatre mains par deux compères d'Amérique, Nath et Yibus.
Figurez-vous qu'après avoir respectivement quitté Washington DC et Phoenix, les amis se trouvèrent fort dépourvus. De quoi parler ? Comment en parler ?
Comme bien souvent, l'idéal était de revenir aux basiques. Qu'avons-nous à partager ? Eh bien, la cuisine.

Nous avons envie de raconter, à notre sauce, la nourriture, les manières de manger, le cru et le cuit sous toutes les latitudes, les coulisses de la cuisine, nos plaisirs mais aussi les contrariétés de la table.

Étrangement, le Yibus développa durant ses quatre années américaines, un certain goût pour la cuisine. Oh, entendons-nous bien ! Il fit des plats, suivit des recettes qui, parfois, satisfaisaient madame et les enfants. Mais toujours avec curiosité en dépit des ratés. Bref, le marmiton apprenait.


Quant à Nath, qui avait déjà bien expérimenté les fourneaux de la vieille Europe, elle s'essaya dans l'ouest américain aux cuisines locales et à l'accueil des autochtones, un cocktail qui ne manquait pas de piquant. Une cuisine d'écriture à base d'habanero et de guacamole, sous le palmier Arizonien. Une margharita à la main !

Revenus de ce côté-ci de l'Atlantique, les deux compères découvrirent, stupéfaits, que les émissions culinaires avaient pullulé sur le petit écran. La cuisine est à la mode, elle doit être fun, simple, rapide, sophistiquée mais pas trop, vous maintenir en bonne santé et vous réjouir les papilles. Bref, la cuisine n'est pas que dans nos assiettes, elle est aussi dans nos têtes et notre manière de vivre avec les autres.
Vous vous rappelez des "déjeuners du dimanche" de l'enfance ? Un moment plus ou moins suivi dans les familles, en tout cas assez solennel.

Que sont-ils devenus ? Des brunchs ? Un petit encas après la grasse matinée ? En tout cas, une envie de voir les amis ou de se réunir en famille. On espère que vous serez nombreux à rejoindre la grande tablée de nos "déjeuners du dimanche"... Tous les jours de la semaine, c'est parti. A vos claviers pour des commentaires épicés.